vendredi 17 novembre 2017

LA MAGIE DE PARIS Tome 1 d'Olivier GAY

La magie de Paris

 T1 : Le coeur et le sabre





Editions Castelmore
sortie: 18/10/217
320 pages
14.90 euros




Chloé est élève en classe de seconde et pratique l’escrime en loisir depuis son enfance. Un jour, elle assiste dans le gymnase au combat à l’épée entre Thomas, un élève d’une autre classe qu’elle connaît à peine, et une sorte de démon. La jeune fille tente d'intervenir mais se fait gravement blesser et perd connaissance. Lorsqu’elle se réveille, la créature est morte. Thomas lui explique alors qu’il est un mage, et qu’en tant que tel sa mission est de repérer et fermer les failles vers le monde des démons. En s’interposant, Chloé s’est liée à lui ; elle devra désormais combattre les démons à ses côtés…







Chloé est une jeune ado presque comme les autres. "Presque", l'adverbe qui fait toute la différence. Chloé est grande, trop grande avec ses 1m83 à 16 ans et son côté un peu massif.  Ses "gentils" camarades de classe l'ont surnommée "Le Tank". Sympa ...
Chloé doit vivre avec ces "défauts" et ce n'est pas toujours facile. Elle est un peu solitaire par la force des choses, enfin pas tout à fait car elle a deux bonnes copines: Nour et Célia. Si elle se considère comme solitaire, c'est surtout parce qu'elle n'a pas de petit ami. Avec elle le mot "petit" ami prendrait toute sa signification ... Et les garçons préfèrent éviter le Tank. Elle est trop grande trop forte ...
Mais Chloé a une passion qui lui fait oublier tout: l'escrime. Là, son "envergure" lui donne l'avantage. Et pendant que les autres vont conter fleurette au cinéma ou au MacDo, Chloé elle s'entraîne ! Elle bosse dur et ça marche. Elle est qualifiée pour les championnat régionaux. 

Thomas, lui est le petit nouveau. Il vient d'arriver dans le lycée depuis peu, dans la classe de Chloé. C'est un solitaire, il ne parle à personne et son look de poète déchiré n'attire pas les foules.

Un soir, alors que Chloé traîne au gymnase pour s'entraîner après que tous les autres soient partis, Elle entend une course et Thomas rentre en trombe. Il est poursuivi par une "chose" (Chloé apprendra après qu'il s'agissait d'une goule) et cette "chose" attaque Thomas au sabre. Chloé va s'en mêler à ses risques et périls et se faire gravement blesser. Pour la sauver Thomas n'a pas d'autre choix que de réaliser un sort qu'il n'est pas supposé faire avant ses 18 ans: lier Chloé à lui.

Chloé devient donc le "chevalier" de Thomas. Elle va devoir le défendre contre tous les dangers. Pour ça, elle acquiert des capacités physiques hors du commun.

Le problème c'est que Chloé ne comprend rien à ce qui se passe et surtout que Thomas ne prend pas la peine de s'expliquer. Il semblerait qu'il soit un mage et de fait elle y croit puisqu'il l'a sauvée, mais à part ça elle ne sait pas grand chose. Et ce n'est pas faute de demander !

Le récit se déroule à partir de la rencontre de Thomas et Chloé. Thomas est vraiment mystérieux, et même si on croise certaines personnes de sa "secte" de mages, dont le chef terrible et redouté Mickaël ou un autre chevalier du nom de David qui, il faut le reconnaître, fait un peu craquer Chloé, on ne sait pas grand chose de lui ou des siens. 
Chloé va passer tout le temps de ce tome à poser des questions pour obtenir de vagues réponses, loin d'être suffisantes.

Moi je vous le dis tout de suite j'ai complètement craqué pour ce roman. Chloé, la grande fille costaude et du coup immortelle ou presque, est pleine de douceur, d'indécision, d'hésitations, bref elle est totalement mal dans sa peau. Thomas est mystérieux à souhait mais juste ce qu'il faut pour titiller le lecteur. 

L'action se situe à Paris mais pourrait tout aussi bien se passer ailleurs (enfin sauf la scène finale à la Tour Eiffel, la grande scène, oui bon donc il faut que ça se passe à Paris ! ).

Les protagonistes sont à la fois attachants et/ou mystérieux. Le récit ne donne pas de répit au lecteur, mais ce qui est grandiose ce sont les dernières pages. Pas de cliffhanger de ouf, non..enfin si, mais surtout une révélation qui vous cloue sur votre siège. Personnellement, j'en ai eu les larmes aux yeux et si je veux absolument lire la suite ce n'est pas parce qu'un des perso a posé le pied sur une mine et qu'on se demande s'il va survivre non. Mais parce qu'on s'est tellement attaché aux héros que leurs destins nous importent plus que tout. Et on sent que ça ne va pas être simple, loin de là. Pour un roman jeunesse, c'est même dur. Mais bon, j'ai un coeur d'artichaut !

Bref, énorme coup de coeur pour ce premier tome de La magie de Paris. Il me tarde déjà d'en lire la suite. Et si Olivier Gay m'avait un peu déçue avec son précédant jeunesse, Faux frère, vrai secret, pour celui-ci par contre il a placé la barre très très haut. Je crois bien que c'est encore meilleur que Le noir est ma couleur. Si, si, lisez le et vous verrez!


jeudi 16 novembre 2017

GRISHA de Leigh Bardugo (Dup)





Éditions Milan
340 pages
15,90 euros


Résumé :


Orpheline, Alina ne peut compter que sur elle-même. Quand l'armée la recrute pour une expédition dans la Nappe d'ombre, un brouillard maléfique qui déchire le royaume, la jeune fille s'attend à y laisser sa peau... Les rares survivants des précédents raids racontent que des monstres s'y repaissent de chair humaine ! Seul Grisha, puissants magiciens, sont à même de lutter contre cette malédiction. Et si cette épreuve révélait aux yeux de tous la véritable nature d'Alina ?








Après la lecture de Six of Crows cet été, replonger dans le monde de Leigh Bardugo fut un véritable plaisir. Retrouver les Grishas, la magie qui leur confère des pouvoirs fabuleux aussi, encore plus que dans le diptyque précédent car ici nous sommes plongés directement à Ravka et non à Kerch.

Cependant c'est Alina que nous suivons, une orpheline de guerre placée dans la Première armée, car il faut bien qu'elle serve. Elle est apprentie cartographe, très médiocre d'ailleurs mais elle s'en moque, cela lui permet de suivre de près Mal son ami de toujours qui lui est traqueur. Et un bon, qui plus est. Et Alina a peur, malgré la présence de la Seconde armée constituée de Grishas, car ils s'apprêtent à traverser la Nappe de brouillard.

En effet la Ravka est fracturée en deux par une zone de ténèbres, le Shadow Fold, qui a englouti toute forme de vie sur son passage, si ce n'est d'immondes volcras qui y règnent en maîtres et dévorent tout être vivant. Dès la première attaque d'un volcra la terreur immense qui s'empare d'Alina déclenche en elle un pouvoir qu'elle ignorait posséder jusque là, elle inonde les ténèbres de lumière faisant fuir toutes ces sales bêtes et s'évanouit. Mais elle a retenu l'attention de tous les Grishas et surtout du plus puissant d'entre eux qui était présent : le Darkling. 

Alina va être immédiatement arrachée à l'armée, à Mal, et ramenée séance tenante à la capitale Os Alta où siège le Darkling et le centre de formation des Grishas. En effet, son pouvoir unique s'avère le seul à même de lutter contre le Shadow Fold : elle est l'invocatrice de lumière mais doit apprendre à le maîtriser.

Commence alors un tourbillon d'activités nouvelles pour notre apprentie cartographe, dans un environnement luxueux qu'elle n'aurait pu imaginer, même en rêve. Elle est sous l'emprise de l'énigmatique mais néanmoins charismatique Darkling, secouée par l'acariâtre et vieille magicienne Bagrha, malmenée par Botkin le maître d'arme, jalousée par les autres élèves Grishas. 

J'ai bien aimé ce découpage très cartésien de la magie qui habite les Grishas. Leigh Bardugo offre peu d'explications, juste un tableau en début d'ouvrage, puis nous découvrons les différents types de magiciens au fur et à mesure du récit. Ceci peut être ardu pour le novice en "bardugisme", mais après un stage intensif via Six of Crows, j'étais au taquet !

J'ai adoré tous ces personnages et particulièrement Alina qui sera passionnante dans son évolution. Elle connait ses limites, et surtout va s'avérer bien moins naïve que je ne le pensais. Elle souffre de l'absence de Mal, de la solitude malgré la foule de Grishas qui l'entoure. Son impertinence et sa spontanéité m'ont ravie. Le côté sombre et énigmatique du Darkling est passionnant également, il est entouré d'un voile de dangers et de mystères. Quant à Mal, il est bien en retrait dans cet opus, difficile donc de le cerner d'autant que c'est un taiseux. Il me fait l'effet d'un roc cependant.

L'auteur propose avec Grisha une fantasy fortement inspirée des pays soviétiques par le jeu des noms propres, qu'ils soient de villes ou de régions comme la Tsiberyie, par la description des lieux, des paysages, des palais. Par les coutumes des habitants également. Laissez vous séduire par cette fantasy pas comme les autres. Leigh Bardugo a une écriture fluide et agréable qui nous entraîne dans son histoire très prenante. Et même si ce Grisha s'inscrit comme le tome 1 d'une série, il peut très bien se lire comme un one-shot, fait suffisamment rare pour le signaler. Sans cliffhanger qui tue, je piaffe quand même pour lire la suite !!!





mardi 14 novembre 2017

LES HAUT CONTEURS-ORIGINES de Patrick Mc Spare et Olivier Peru


Les Haut Conteurs Origines

 – Le songe maudit -
De Patrick Mc Spare
Illustration d'Oliver Peru

Editions Scrinéo
Sortie: 12/10/2017
304 pages
16.90 euros




Mathilde a seize ans et son apprentissage de Haut-Conteuse s’achève. Elle est alors confrontée à un premier drame : deux Haut-Conteurs ont été assassinés par l’un des leurs.

La jeune femme et son professeur, Corwyn le Flamboyant, sont bien résolus à arrêter l’assassin. Mais le témoignage d’un pèlerin les envoie bientôt jusqu’à Bagdad où dormiraient les secrets du Livre des Peurs, un ouvrage mystique, et de l’Ordre Pourpre, la caste des Haut-Conteurs.

Entre oasis hantée et ziggourat spectrale, cette quête se révèle plus dangereuse que prévu. Mathilde saura-t-elle entendre l’incroyable vérité ?

Son destin de Haut-Conteuse est en marche…






Ce que j'ai trouvé vraiment fabuleux (au sens premier du terme), c'est qu'en quelques pages, et même en quelques mots, le lecteur se retrouve immédiatement plongé dans le monde des Haut Conteurs. Le phrasé ? Le vocabulaire ? L'atmosphère ? La magie de l'auteur ? Je ne saurais dire précisément la raison, mais toujours est-il qu'instantanément le lecteur est projeté dans l'univers de Patrick McSpare et retrouve avec délice tout le charme de la série originale.

Cette fois-ci c'est Mathilde qui est une toute jeune padawan et Corwyn son maître. C'est tellement étonnant de retrouver Mathilde en gamine et Corwyn tout jeune. Mathilde est une élève très douée et si, au début du roman, elle n'a pas encore sa cape pourpre, nul doute qu'elle deviendra une grande conteuse.

A cette époque, Lothar Mots-Dorés est lui aussi tout jeune, mais déjà obnubilé par Le Livre des Peurs. Il commet alors ses premiers méfaits et lorsque l'envie irrépressible de voler deux des pages du livre l'oblige à commettre l'irréparable alors il réalise qu'il n'a plus le choix et qu'il devra porter ce fardeau toute sa vie.

Mathilde, elle, poursuit sa formation et il lui tarde de conter sa première histoire. Alors elle pourra porter le pourpre. Elle en trépigne d'impatience. Mathilde a beaucoup de qualités: intelligence, courage, loyauté ...mais la patience n'est pas celle qui la caractérise le plus. D'où son nom de Haut Conteuse ...

La recherche des pages du livre amène Corwyn et Mathilde jusqu'à Bagdad. Ville fabuleuse. Là, elle fait la connaissance de Salim Le Facétieux, un Haut Conteur lui aussi, habitant la ville. Le Facétieux est un géant et un excellent combattant. Ces trois-là vont aller à la recherche d'Hassan le vent, un chef parmi les ayyârûn, la guilde des assassins de Bagdad. Le quartier mal famé d'Al-Khâtir est bien différent des quartiers chaleureux et des marchés que Mathilde a traversé jusqu'à présent. Va commencer pour elle une aventure hors du commun, pleine de magie et de combats.

Comme je le disais au tout début de cette chronique, c'est un réél bonheur de se replonger dans l'atmosphère des Haut Conteurs. Je ne pensais pas que ce livre produirait un tel effet sur moi. Un peu comme de retrouver de bons amis après une longue absence. Tout revient en tête, une cure de jouvence indéniablement. On se laisse alors porter par le récit, en totale confiance. C'est rassurant, réconfortant, apaisant. Une drôle de sensation en tout cas et c'est très agréable. Suivre Mathilde n'est pas de tout repos, mais quand on a lu la série originale, du coup, on ne s'inquiète pas trop. Pourtant parfois, la pauvre Mathilde passe à quelques cheveux de la mort.

Voilà donc un excellent moment de lecture, une impression chaleureuse de retrouver de vieux amis. Un immense plaisir à suivre à nouveau ces héros de l'ordre pourpre. rencontrer Mathilde et Corwyn tous jeunes est une belle découverte. Un vrai élixir de jouvence que ce roman. On se sent bien en le lisant, mais ce qui est le plus important sans doute c'est que pour ceux qui n'auraient pas encore eu la chance de découvrir les Haut Conteurs, rien n'empêche de commencer par celui-ci. Ce sera une porte d'entrée différente dans cet univers et je suis persuadée que ce sera tout aussi passionnant, c'est même à dessein que je n'en ai pas trop révélé sur la série originale. Bref, que vous soyez fans de la série ou que vous ayiez envie de la découvrir, Origines est fait pour vous.


Interview de Grégory Da Rosa - 3ème volet


En deux, trois réponses Grégory nous remplit un billet, voici donc le 3ème !
Le premier volet se trouve ICI
Le second







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— Des doléances ? m’étonnai-je, ma voix résonnant démesurément entre les piliers et les voûtes la salle du trône.

— C’est bien cela, sénéchal, confirma l’architecte Rodenteux, chevrotant.

— Mais, voyons, Jacques… Des doléances, maintenant, alors que la ville est assiégée ?

— Tout à fait, sénéchal. Deux dames de grande importance demandent audience.

— Deux dames, dites-vous ? Et qui sont-elles ? D’où viennent-elles ?

Rodenteux, qui se tenait sur les quelques marches de l’estrade, obliqua ses yeux ronds sur ma vieille personne alors que j’étais inconfortablement assis sur le faudesteuil jouxtant le trône. Il monta une marche de plus, se pencha, et murmura à mon oreille :

— Sénéchal, ces dames viennent d’un royaume étrange et étonnement puissant, gouverné par les livres, peuplé de héros, de prophéties et de mondes innombrables. L’on nomme leur royaume Book en Stock.

— Boucan Stoque ?

— Absolument, sénéchal, absolument.

— Mais où donc se situe cet étrange pays ?

— Partout et nulle part à la fois, sénéchal, m’avoua-t-il d’un timbre étrangement aigu. Et c’est bien cela qui le rend puissant ! Ce royaume tout entier voyage de monde en monde, utilisant les manuscrits pour plonger en des univers que nous ne connaissons point encore. Mais sachez en tout cas qu’elles connaissent déjà tout de nous, c’en est effrayant ! Ce jour d’hui, justement, ces deux vénérables dames ont choisi la ville de Lysimaque pour visite. Comprenez ma pensée, sénéchal. Comme nous sommes en guerre, et étant donné notre situation pour le moins… menaçante – si vous me permettez cet euphémisme – je me suis dit qu’il serait bon de ne pas dénier le soutien d’un royaume tel que celui-là…

— Je comprends, Rodenteux. Je comprends.

— Dois-je les faire entrer ?

— Bien sûr, Rodenteux, bien sûr !

Le bonhomme se redressa tout à coup, pivota en direction du portail clos, tapa deux fois dans ses mains. À ce geste, l’ours Roufos, notre bon héraut d’armes, logé dans l’angle tout au bout de la nef, ouvrit les portes et beugla pis qu’un crieur public :

— J’annonce la dame Dup, duchesse Inette ! et la dame Emma, duchesse Phooka !

Alors les deux convives apparurent sur le seuil, la première vêtue d’une longue cotardie émeraude, aux franges et brocarts verts, tandis que la seconde arborait une houppelande plus blonde qu’un champ de blé au soleil, toute brodée de fils d’or.

Je me levai incontinent, descendis les marches de l’estrade et m’approchai pour baiser la main de mes deux invitées.

— Soyez les bienvenues, mes dames, déclamai-je. Puisse le séjour en la capitale vous être agréable. Mais dites-moi, ma curiosité est piquée au vif ! De quoi souhaitez-vous m‘entretenir ? Je suis tout ouïe.

Puis, soudain confus par mon manque évident de politesse, je proposai :

— Oh ! J’oubliais, mes dames : une coupe de vin, peut-être ? Je vous rassure, point n’est-il empoisonné. Enfin… je… je ne crois pas.





Bonjour
Je voulais te demander si tu jouais avec des chevaliers petit et que tu essayais de recréer des aventures inspirées de cette époque mais d'après ce que tu as déjà parlé ce n'est pas ça. ..
Je voulais aussi te dire que j'aime le langage que tu utilises.
Envisages-tu d'en faire ta marque de fabrique pour des histoires autre que cette trilogie?

Bon dimanche.


Rab de Ramettes :))

Re-bonjour (les vénérables vous pouvez intercaler avec d'autres questions!)
Penses-tu qu'après la trilogie tu écriras un "prequel" ? Est-ce que tu veux rester dans cet univers que tu as créé ? Bon là tout dépendra de la fin de la trilogie je suppose...


Grégory :


Bonjour Ramettes !

Voilà une question bien originale ! Enfant, je n’ai que très peu joué avec des chevaliers, dragons ou châteaux. Tu n’as pourtant pas à rougir de ta question, car même si mes jeux ne s’orientaient pas vers le Moyen-Âge, ils s’orientaient pourtant vers ce que l’on peut rapprocher du Jeu de Rôle Grandeur Nature.

Pour cela, faisons un petit voyage dans le temps, et découvrons un peu mon enfance, en Champagne Ardenne, dans le vaste jardin de mes grands-parents. Je me souviens de ces mercredis après-midi, après l’école, en compagnie de mes cousins et cousines (Il nous arrivait d’être jusqu’à 13 petits enfants à investir le jardin, une vraie petite armée !). Il se trouve que je suis également l’ainé de tout ce petit monde. Mon âge m’a peut-être donné une sorte de responsabilité, de devoir : celui d’amuser mes cousins et cousines. Je m’échinais donc à créer tout un tas de jeux pour les occuper, les plus jeunes ayant alors 4 ans, les plus âgés 11-12 ans. Mon grand-père, en plus de cela, avait eu la géniale idée de nous retaper une vieille caravane qui se dresse aujourd’hui encore fièrement sur la pelouse, enchâssée entre les sapins et les thuyas. Imagine-donc ! Une cabane dont rêve n’importe quel gosse (version caravane) pour les 13 mouflons que nous étions. Les jeux n’y manquaient pas. Nous imaginions la caravane comme un vaisseau capable de se transformer tantôt en avion, tantôt en camping-car, parfois en navire, parfois en sous-marin. Un vrai « bus magique » ! Et j’entraînais mon petit monde dans mon imagination, prévoyant pendant la semaine les quêtes que j’allais donner le mercredi suivant, par groupe de 3 ou 4 cousins/cousines. J’avais d’ailleurs préparé un « Livre des ombres » (Charmed étant très en vogue à cette époque !), qui trônait sur la table de notre caravane. Je rédigeais des semblants de poésies censées évoqués des incantations magiques capables de nous sauver de situations mortelles. Je dessinais déjà des cartes, y traçais des pointillés dans le seul but de prévoir les destinations imaginaires de notre caravane magique. Je surlignais ensuite ces pointillés méticuleusement afin de marquer notre avancée dans cet univers fabuleux. Je me souviens aussi qu’on arrachait les feuilles des noisetiers (Papi n’était pas très content !) et nous prétendions qu’il s’agissait de billets de grande valeur ; les seuls billets, d’ailleurs, à pouvoir être utilisés dans ce monde parallèle.

Tout ça pour dire, en y réfléchissant bien, que j’avais déjà, sans le savoir, une âme de rêveur, de bâtisseur d’univers, de joueur et, aussi, de maître du jeu. Certes, point de chevalier, mais des mondes en pagaille ! :D



Pour en revenir au roman, je suis heureux que tu apprécies le langage utilisé. Il est propre à Sénéchal, et je ne pense pas l’utiliser pour les prochains romans (sauf si je souhaite y donner un côté historique relativement poussé).

En vérité, le langage utilisé dans Sénéchal se veut parfois historique, car je voulais que le lecteur pense, peu ou prou, arriver dans un roman dit historique. Car Sénéchal, c’est de l’histoire. Pas la nôtre, en effet, mais l’Histoire du monde créé. Philippe Gardeval, qui sait ?, deviendra peut-être un personnage historique pour des hommes et des femmes vivant dans le même univers mais deux ou trois siècles après lui ? Tout comme Chrétien de Troyes, pour nous, en est un aujourd’hui ? Et il paraît bien évident que le phrasé du sire de Troyes n’est pas exactement celui que nous utilisons aujourd’hui. La langue a évolué. Et c’est justement sur cette subtilité que je voudrais, à terme, jouer.

Car il est dit dans le roman que Philippe Gardeval rédige ses carnets (son journal intime, en quelque sorte, ou ses mémoires officieuses, pourrait-on dire). Il n’est donc pas impossible que ces fameux carnets traversent les âges et entrent un beau jour en possession d’un homme ou d’une femme vivant 300 ans plus tard (et qu’il est, lui aussi, besoin de notes de bas de page pour comprendre ce langage désuet :D ).

Ce qui me permet de répondre à ta dernière question : Sénéchal est déjà le préquel (aussi saugrenu que cela puisse paraître). L’idée d’écrire un roman-monde était mon but premier, avec de multiples points de vue, une narration à la troisième personne, foultitudes de royaumes et d’empires, le tout relié par une intrigue globale (Après tout, pourquoi le monde est-il plat, bon sang de bonsoir ? Il nous faudra bien le découvrir un jour, non ? :D ) Mais la tâche, pauvre de moi, me paraissait alors bien trop complexe. Du moins, avec ma petite expérience maigrichonne d’écrivaillon en herbe. J’ai donc délaissé un temps l’écriture de cet ENORME roman pour me consacrer à une petite histoire se déroulant bien avant, en le royaume de Méronne, et ce par simple entrainement. Sénéchal pose donc les bases d’une petite partie de l’univers : le royaume Méronne, qui n’est que l’un des cinq royaumes humains du continent de Varme ; la Plaine Céleste comptant en tout et pour tout quatre continents… et encore un peu au-delà, quelque part dans… mais… enfin… « Chut, chut, chut… ! ».

Ainsi, je répondrai : « Oui, j’ai bien l’intention de rester dans cet univers. Il y a encore tellement de choses à découvrir ! »


Olivier :

Bonjour Grégory, quelle introduction, j'ignorai que nos précieuses étaient de si haute lignée et qu'elles possédaient la machine à remonter le temps...version Retour vers le Futur lol Je commence à peine le tome 1 et sans avoir lu les premiers échanges ci-dessus, mon premier sentiment, que tu confirmes dans une de tes réponses, c'est que je me retrouve dans un cycle très proche de Naudin et de Roberte Merle (la famille Siorac...étonnant que l'on voit ici dans ce premier tome de certain Soriac...)mais évidemment en mode plus fantasy et ce ton décalé que tu utilises ; vieux françois et vocabulaires plus récents est un vrai plaisir pour le lecteur. Comment expliques-tu que ces récits très "capes et épées" soient à ce point omniprésent dans tes premiers livres mais aussi chez tant de te confrères ? Ce qui n'est pas déplaisant d'ailleurs.


Grégory :


Bonjour Olivier ! C’est un plaisir de te lire ! Si, en plus de ça, c’est pour me dire que tu ressens l’influence des sires Merle et Naudin, alors me voilà fort aise, sache-le ! Ceci dit, je me dois de rétablir la vérité. La proximité entre Siorac (Fortune de France) et Soriac (Sénéchal) est purement fortuite. Fortuite certes, mais loin de me déplaire.

J’en viens à ta question sur la forte présence de ces récits dit « de Cape et d’épée » dans les créations actuelles. Je mentirais en disant que j’ai beaucoup réfléchi à la question avant que tu ne me la poses. Tu soulèves donc un point très intéressant qui m’a fait un brin réfléchir.


Premier point, en ce qui concerne le roman de « Cape et d’épée », disons qu’il est de par son origine considéré comme étant un genre à part entière, qui plus est qualifié de populaire. Et l’on sait bien que ce qui est populaire (que ce soit bon ou pas, la question n’est pas là) a la merveilleuse faculté de se répandre comme grains de sable sous le vent ! Ça plait ou ça déplait, mais ça parle, ça vit, ça déchaîne !

De plus, sans en être un spécialiste incontesté, je peux dire que l’on doit son origine à la Comedia de Capa y Espada, genre dramatique du théâtre espagnol au XVIIe siècle. Des origines que Sénéchal ne peut, en vérité, décemment renier ! En effet, n’a-t-on pas dès la première page du premier tome cette phrase un tantinet allusive : « Trois coups cognèrent la porte de ma chambre… », qui nous rappelle, au théâtre, (et c’est bien volontaire de ma part) les trois coups retentissant contre le plancher de la scène et visant à attirer l’attention du public avant le début de la pièce ? Dans cette même idée, la construction du roman est ainsi faite : chaque chapitre, égrené en fonction des heures canoniales, nous rappelle la succession de scènes de théâtre, et chaque partie scindée en « journée » nous en évoque un acte. Sans parler des tirades de mes fols protagonistes qui, elles aussi, confinent parfois plus au monologue purement théâtral qu’au dialogue que l’on pourrait qualifier de « normal ». Sans parler non plus de ces chapitres qui se déroulent quasiment tous en un lieu donné et fermé (espèce de huis-clos dans le huis-clos) et dont les changements de décor ne surviennent que dans la scène (ou plutôt le chapitre, devrais-je dire) qui suit. Cette théâtralité quasi omniprésente traduit peut-être mon engouement ressenti lors de mes maigres – mais très plaisantes – expériences en tant que comédien amateur dans un atelier théâtre au lycée, puis dans une troupe de théâtre auboise.


Deuxième point, le roman de Cape et d’Epée suit peu ou prou un schéma de base : des incidents à la pelle, des héros toujours dans la panade, des quiproquos en tout genre, des trahisons, des scènes rocambolesques, des personnages nombreux au caractère toujours affirmé, jamais dénué de motivation (bonne ou mauvaise). Ce qui, avouons-le, fait tout le sel de ce genre de roman et arrive comme du véritable pain béni, tant pour les auteurs que pour les scénaristes, car il captive ! Quand on sait que le roman de Cape et d’Epée fait de surcroît intervenir un contexte historique ou pseudo-historique, il ne restait donc qu’un pas de plus à franchir pour que les auteurs de l’imaginaire, et surtout de fantasy, se l’approprient !


Pourtant, le genre évolue, ou a évolué ! Cette évolution, à mon humble avis, participe grandement au fait qu’on retrouve autant ce genre de récits à présent. Je me dois de te prévenir, cher Olivier, ma folle digression commence ici.

Quand il était question, chez Dumas par exemple, d’opposer les intrépides mousquetaires aux intrigants Richelieu et Milady, et donc de faire une sorte de lutte entre le Bien et le Mal, ou du moins (si je modère mes propos) de lutte entre la cause noble et la cause perfide, chez les auteurs actuels, cette lutte perd de sa force, voire disparaît. Les personnages ne se battent plus pour « LA » seule et unique cause honorable, mais pour « DES » causes souvent bien moins utopiques, qu’elles soient politiques, familiales, personnelles, marchandes, militaires, etc. Bref ! La grande et noble cause meurt, et laisse place aux petites causes individuelles. Laquelle est vraiment bonne ? Laquelle est vraiment mauvaise ? Tout est alors question de point de vue, et seule notre sensibilité envers les personnages décidera du fait que nous voulons que tel protagoniste l’emporte ou que tel protagoniste perde. On peut dire sans trop se tromper que la lutte manichéenne (ou pseudo manichéenne) ne parle plus (ou bien moins) aux lecteurs aujourd’hui qu’auparavant. En revanche, les luttes fratricides, de pouvoir, d’amour, d’égo, si ! Ainsi, le roman de Cape et d’Epée est toujours présent dans sa forme, c’est un fait, mais un brin différent dans le fond. Même les héros, ces bougres, se mettent à accomplir des actes mauvais ! Pourquoi ? Peut-être parce que ce non-manichéisme présent dans les romans d’aujourd’hui nous évoque plus facilement, comme un écho lointain, ce que nous vivons, nous, chaque jour. L’identification est d’autant plus forte, et ce malgré l’univers fictif parfois bien loin de notre réalité.

Prenons des exemples concrets.

Mon quotidien, après tout, tout comme celui de toutes et de tous, n’est pas fait de sempiternel combat entre le Bien et le Mal, mais de luttes personnelles. Quelles sont-elles ?

Luttes professionnelles, notamment, ou plutôt, luttes visant à gravir la satanée hiérarchie sociale. Me concernant, je dirais qu’il m’a fallu batailler plus d’une fois et comme un beau diable pour obtenir un travail, symbole de réussite dans notre société, et ainsi avoir l’impression de m’insérer, de trouver ma place, d’être utile à ladite société. Si je fais un bref parallèle entre mon roman et ma vie réelle, ne serais-je alors qu’un gueux souhaitant accéder à la noblesse ? Le chômeur de la roture voulant accéder au noble statut de travailleur. Il n’y a aucun combat entre le Bien et le Mal là-dedans, juste un combat personnel que j’ai livré. Philippe Gardeval aussi.

Autre exemple : mon quotidien est aussi fait, parfois, de mésentente familiale. Ce sur quoi jouent très bien certains auteurs, d’ailleurs. Prenons donc l’exemple très connu et très parlant du Trône de fer qui oppose sans cesse des grandes familles les unes contre les autres, et ce sans distinction franche entre le Bien et le Mal. Ces familles, en public, sur leur scène aristocratique, donnent volontiers le sentiment de faire front commun, d’être unies et indivisibles face à la maison noble adverse, mais, en-dedans, chaque membre (frère, sœur, père, mère, cousin, …) ressent toujours et inévitablement une inimitié presque irrationnelle envers un autre membre de sa propre famille. Là encore, la lutte entre le Bien et le Mal n’intervient pas. Il n’est question que de points de vue, de sentiments, de passés tumultueux qui mènent à la rancœur ou à la gratitude. Même les Marcheurs Blancs, seuls éléments à pouvoir évoquer le manichéisme si habituel au roman de fantasy, pendant la majeure partie de la saga, ne sont là qu’en toile de fond. Pourquoi ? Pourquoi tant s’attarder sur les querelles entre maisons nobles et entre membres d’une même maison ? La réponse tient peut-être dans le fait que cela parle sans doute plus efficacement, et plus concrètement, de nous, même « de loin » ? N’est-ce pas cela qui nous fait tant adorer les Stark et tant détester les Lannister, ou inversement ? N’y retrouvons-nous pas ce que nous adorons détester, ou ce que nous détestons adorer dans la vie courante ? Cela ne nous donne-t-il pas une sorte de libération, de stimulation en découvrant pareils thèmes retranscrits de manière romanesque plutôt que de manière réelle ? Cela ne brise-t-il pas, sous couvert de récit fictionnel et imaginaire, un tabou qu’on n’aime que peu admettre dans notre quotidien : celui d’aimer les conflits, de les provoquer, de critiquer son prochain, de lui vouloir du mal, d’en être jaloux ? Ce choix narratif ne reposerait-il pas également, en poussant le parallèle un peu plus loin, sur notre façon de vivre parfois trop pesante, sur la pression sociale qui nous pousse à posséder de belles voitures, de belles maisons, aux belles façades, aux beaux jardins qu’on exhibe en signe de réussite et de bonheur, tout en apparence, aux voisins et comme preuve de famille indivisible et parfaite, ou peu s’en faut ? La réalité, bien sûr, est souvent tout autre. Les disputes au sein du foyer familial sont, hélas, inéluctables, mais on les cache. Qui peut se targuer, dans la réalité qu’est la nôtre, de ne pas avoir un oncle, une sœur, un parent à qui il ne parle plus depuis des mois ou des années, et ce pour des motifs parfois imbéciles, tordus, financiers, de jalousie, etc. ? Eh bien, n’est-ce pas justement ce genre de sujets, ceux qui invoquent notre vie réelle mais mis en scène dans un récit imaginaire, qui, présentement dans le Trône de Fer, provoque cette folle addiction ? Nous aimons les reflets fantasmés, exagérés, gonflés, poussés à l’extrême de notre vraie vie, répondant à notre voyeurisme inavouable et inavoué, à nos basses pulsions, à nos brefs instants de sadisme et à notre goût difficilement avouable pour la catastrophe, la tragédie et le mélodrame. De fait, toujours dans le cas du Trône de Fer, sommes-nous vraiment capables de dire si nous avons détesté ou adoré la scène des Noces Pourpres ? Sommes-nous capables de dire si nous avons adoré ou détesté l’assassinat de Tywin Lannister par son propre fils ? Sommes-nous capables de dire que nous avons aimé la mort, le fratricide, l’inceste, que nous les attendions à chaque tome ou à chaque épisode et que nous voulions absolument les voir, et en détails ? Dans la vraie vie, assurément pas. Mais en fiction, c’est une autre affaire.
Encore un autre exemple : mon quotidien, également, est fait de lutte politique, et ce sans même avoir le besoin d’être politisé, d’ailleurs ! Nous sommes abreuvés chaque jour par les médias de tout bord : tantôt buvons-nous à grandes goulées les tensions géopolitiques qui malmènent telle ou telle région du monde, tantôt nous parle-t-on des scandales qui éclaboussent tel ou tel politicien ou riche homme d’affaire (fraude fiscale, harcèlement sexuel, abus de confiance, détournement, pot de vin par de grands lobbyistes). Et, encore une fois, certaines œuvres en font écho, « de loin », sans pour autant en faire leur cheval de bataille ni un sujet de dénonciation, certes, mais cet ancrage (inconscient ou non) de notre réalité dans la fiction plaît, parle au lecteur, le raccroche à une vérité qu’il préfère, peut-être, croiser dans un voyage plus romanesque que réel. Prenons donc l’exemple de Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski qui, encore une fois « de loin », nous évoque sans même que nous nous en rendions compte, ce que nous voyons, lisons, entendons tous les jours. Dans ce roman, où la guerre officielle est terminée, où la paix est censée régner sur une république apaisée, les coups bas et manigances retorses sont légions. On soudoie, on assassine politiquement, on fraude, on manipule toujours dans l’ombre, mais on sourit toujours en public ! Mais si nous grattons un peu, n’avons-nous pas parfois le sentiment (à cause de cette médiatisation à outrance, de cette presse à sensation, de cette corruption dans l’ombre du pouvoir) d’être dans un contexte approchant (à gros traits) celui dépeint dans Gagner la Guerre, nous, vivant dans un pays de paix apparente, mais où parfois tout semble assujetti à une justice à deux vitesses, à des passations de pouvoir entre des grandes familles politiques inébranlables, à de simulacres d’élection et de légitimation illégitime due à une abstention record, à des négociations cachées n’ayant pour unique sujet l’ambition personnelle du politicien élu plutôt que celui de la défense des droits du peuple ? La résonnance est là. Peut-être ténue, certes, mais elle est là. Et elle nous parle très bien en tant que lecteur, consciemment ou pas. Disant cela, évidemment, je n’émets pas de vérité absolue, je ne dénonce pas, ni n’expose d’opinion politique, non. Je parle du climat que nous imposent sans cesse ces tensions et ces scandales politiques médiatisés à foison et qui, j’insiste, sans que nous nous en rendions compte, trouvent aisément un écho dans les intrigues des romans d’aujourd’hui. Même si Jean-Philippe Jaworski, pour la rédaction de Gagner la Guerre, dit avoir voulu retranscrire les préceptes de Nicolas Machiavel (et je le crois volontiers !), il n’empêche que ces mêmes préceptes, même vieux de 500 ans, résonnent toujours aujourd’hui, et si le roman a si bien trouvé son public, c’est peut-être plus (hors le talent indéniable du conteur et la virtuosité de l’intrigue) pour la résonnance inconsciente que le récit a été capable d’engendrer en accord avec notre contexte politique réel qu’avec celui du XVIème siècle.
Bref, tout ça pour dire que le roman de Cape et d’Épée a toujours le vent en poupe, mais connaît les légères mutations propres à notre époque. Plus de lutte manichéenne, mais des luttes personnelles parfois immorales et si bien incarnées par ces personnages hauts en couleur qu’elles permettent, selon moi, l’identification. Nous sommes des êtres faillibles. Il faut des personnages faillibles. Et les romans de Cape et d’Épée, avec leurs imbroglios constants, leurs trahisons et situations folles, permettent assurément de donner vie à tout ça.


Ah ! Ainsi, je gage, mon cher Olivier, que tu es en train de te dire : « Mais que me raconte-il, ce fol dingo ? Je parlais de Cape et d’Epée ! Et voilà qu’il part dans un grand délire Jean-Claude Van Dammesque ! » Et tu as sans doute raison. D’ailleurs, mon analyse est peut-être fausse, hors sujet, sujette à débat, et c’est tant mieux. Elle ne résulte que d’une réflexion à chaud, sans vrai recul et sans structuration, mais elle a sans doute le mérite de poser certaines questions (du moins je l’espère).


Je terminerai par mon dernier point : ajoutons à tout cela le fait que le roman de Cape et d’Épée a un caractère très feuilletonesque. Les chapitres se terminent sur une phrase annonçant un chamboulement majeur, un changement de paradigme, un développement nouveau. Ils tiennent en haleine. Même les fins de volume sont souvent d’insoutenables « cliffhangers ». Ils répondent à une attente du public (ou à une mode) qui est aussi très bien portée par un autre support : les séries télés. Ainsi, vu le développement non négligeable de ce format sur petit écran, qui prendrait presque le pas sur le cinéma à en croire certains, et l’engouement qu’il suscite, il n’est pas incohérent, à mon sens, que le roman de Cape et d’Épée ait encore de quoi plaire et inspirer !
Sur ce, il est temps que je cesse mon bavardage ! Puisse ma réponse avoir été à la hauteur de ta question (qui n’était pas si aisée !).

lundi 13 novembre 2017

NE FAIS CONFIANCE À PERSONNE de Paul Cleave





Sonatine Éditions
400 pages
21 euros


4ème de couv :

Il y a pire que de tuer quelqu'un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.
Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

L'avis de l'éditeur :

Entre Shutter Island (Dennis Lehane) et Un employé modèle, Paul Cleave signe sans conteste avec Ne fais confiance à personne son chef d’œuvre.






Paul Cleave est un auteur que je n'avais encore jamais lu. La petite phrase de l'éditeur que je vous ai mise après le résumé m'a poussée à remédier à ce manque : si je devais le découvrir, c'était avec ce roman. Et bien c'est chose faite et je ne regrette vraiment pas. Wow, quel roman !

Jerry Grey est un auteur de thrillers connu et reconnu sous son nom de plume Henry Cutter. Sa vie bascule le jour où, invité à un brunch, il s'apprête à présenter sa femme à une de ses connaissances et là, le trou noir. Il ne trouve plus le prénom de Sandra qu'il chérit depuis presque 30 ans. Le verdict tombe rapidement après : Alzheimer. Il a seulement 49 ans.

L'auteur va faire sans cesse le va et vient entre le présent de Jerry, qu'il subit dans ses moments de lucidité, "enfermé" dans une maison de santé, et son passé qui commence le jour du verdict médical. Et dans chaque période, on oscille entre des moments de divagations terriblement réalistes où Jerry s'accuse de tout un tas de meurtres qui sont en fait issus des fictions écrites sous le nom de Henry Cutter, et des moments de lucidité ou il essaye de faire le point sur ce qu'il lui reste de mémoire.

Très vite après l'annonce de sa maladie, il entame l'écriture d'un Carnet de la folie où il s'adresse à son moi futur : Futur Jerry. Où il tâche d'expliquer qui il est pour quand il aura tout oublié à cause de "Capitaine A" comme il surnomme son Alzheimer. Ainsi on apprend qu'il aime tendrement sa femme, qu'ils ont une fille qui va bientôt se marier. Et que les préparatifs du mariage sont accélérés vu l'évolution rapide de sa maladie, afin qu'il soit encore lucide le jour J. 

Mais des meurtres, parfaitement réels ceux là, parsèment Christchurch et l'entourage de la famille de l'écrivain. La police commence à émettre des doutes sur son irresponsabilité, voire même sur le côté fictif des aveux de Jerry.

Paul Cleave nous immerge complètement au coeur de cette maladie et je peux vous dire que le tableau est tout bonnement terrifiant. On sent bien qu'il s'est énormément documenté sur le sujet et son récit s'en ressent. J'ai rarement lu un thriller aussi poignant tant l'empathie qu'on éprouve pour cet homme est immense. Le voir se battre pour retrouver la mémoire, pour se souvenir de son passé ou simplement de ceux qu'il aime ne peut pas laisser indifférent. 

L'auteur prête à son personnage un humour noir très piquant quand il parle de lui dans ses Carnets de la folie. Puis cette plongée dans la paranoïa, évidemment, quand on ne peut même plus se faire confiance, alors aux autres... le titre est on ne peut mieux choisi.

Le sujet choisi par Paul Cleave occulterait presque l'intrigue, mais le conditionnel est bien là. Car cette intrigue est exceptionnelle et son traitement encore plus. Ce mélange entre réalité et fiction, présent et passé est parfaitement maîtrisé. Il embarque le lecteur à fond derrière Jerry et futur Jerry. Il l'enfonce dans des fausses pistes, il l'assomme avec des coups de théâtre pour le laisser pantois et légèrement nauséeux devant cette fin et les dégâts causés par la maladie.

En plus d'être un thriller remarquablement bien mené, avec ce Ne fais confiance à personne l'auteur explore les conséquences désastreuses d'un Alzheimer précoce. Il en profite également pour parler de son métier d'écrivain de genre, pas toujours reconnu, méprisé parfois. Ces sujets sont abordés avec finesse et une certaine dose d'humour noir délicieux que j'ai beaucoup apprécié.
C'est mon premier Paul Cleave, certainement pas le dernier !



Un T/P pour le challenge de la Licorne !




dimanche 12 novembre 2017

L'IMAGINAIRE et [ Le Comptoir de l’Écureuil ] (Session de rattrapage ... :))


Parce que parfois, on peut être un écureuil et être un peu en retard, on fait donc une session de rattrapage. Si d'autres sont dans le même cas, contactez-nous ;)


Les réponses de



pour






Comment vous présenteriez-vous en quelques mots ?


Oulala, la question que je n'aime pas ! :)
Je suis une jeune femme de 33ans, fan d'écureuil et de livres et titulaire d'un master en Lettres Modernes Je vis dans le Beaujolais et je travaille en tant que rédactrice Web freelance pour Actusf.com et Bepolar. (entre autre)



L'adresse de votre blog (si vous en avez un)


Un site plein de noisettes et de livres : Le Comptoir de l’Écureuil



Quand et comment avez-vous découvert l'Imaginaire?


Assez tardivement, si je ne compte pas les contes d'Andersen, Grimm, etc ou même les histoires de Jojo Lapin ! Plus jeune, je préférais les aventures de Cape et d'épées ! J'ai lu et relu Les Trois Mousquetaires (Alexandre Dumas) et le Capitaine Fracasse (Théophile Gautier) de nombreuses fois, pour ensuite attaquer des récits comme Salammbô (Flaubert) et les Rois Maudits (Maurice Druon) au collège.

D'ailleurs, quand j'ai commencé à lire le Trône de Fer, Les Rois Maudits se sont tout de suite imposés à mon esprit !



Sous quelle forme? (Roman, BD, films ?)


De mémoire, je dirais surtout romans et bd avec les grands classique Tintin, Astérix, Lucky Luke, Le Journal de Mickey... Mais assez rarement en film.



Quel est/sont vos ou votre plus ancien(s) souvenirs d'Imaginaire ?


Je dirais les Jojo Lapin d'Enid Blyton ! Je lisais ses aventures et cassais les pieds de mes parents en les leur racontant ensuite.

Les Jojo Lapin ont été suivis des romans de la collection L'Alouette avec L'Enfance d'une reine, l'Ile Rose, ou encore Le Cygne Rouge et autres contes et de plein d'autres, je lisais beaucoup.



Qu'est ce que l'Imaginaire apporte à votre vie de tous les jours?


De la détente ! De l'évasion aussi. C'est très important pour se sentir bien. Bon... Parfois, c'est loupé si je lis un roman tel que Le Goût de l'Immortalité de Catherine Dufour ! C'est super, mais glauque et sans espoir au possible ! :)



Quels sont vos auteurs/livres préférés (5 maxi ;))


La Symphonie des siècles, Elisabeth Haydon
Le Cycle du Protectorat de l'Ombrelle, Gail Carriger (y'en a 5!)
Serpentine, Mélanie Fazi
Le Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti (3 tomes, en cours)

Les Lames du Cardinal, Pierre Pevel (3 tomes)





Etes vous polyvalent dans l’Imaginaire ou plus attiré par certains sous-genres (sans idée péjorative) plus que d’autre ? En gros lisez-vous plutôt du fantastique ou de la fantasy ou de la SF. Pourquoi ?


A priori, je dirais sans hésiter la fantasy et plus particulier la fantasy historique. J'adore me projeter dans ce genre d'univers ! Sinon, j'aime bien l'anticipation (Water Knife de Paolo Bacigalupi) ou le cyberpunk. Mais même si je lis beaucoup de fantasy, je lis aussi pas mal de science-fiction et quasiment pas de fantastique. Pourquoi ? Euh... Parce-que c'est comme ça ? Disons, que le travail et mes inclinations me poussent à lire ce genre de livres. :)



Si quelqu'un qui veut découvrir l'Imaginaire vous demande conseil. Avec quels romans/supports lui conseilleriez-vous de commencer?


Déjà je lui demanderais ce qu'il ou elle préfère dans la vie ! Car la fantasy historique et le post-apocalyptique, c'est pas franchement la même chose ! Et ensuite, je verrais. Mais par exemple, commencer la fantasy avec Adrien Tomas, c'est pas mal et La Voix Brisée de Madharva (cyberpunk) de Mathieu Rivero aussi.



Comment choisissez-vous vos lectures ?


Actuellement... Je pioche dans mes services presses en fonction de leur urgence. Sinon, c'est au feeling, comment je me sens au moment T devant ma bibliothèque.



L’imaginaire, nous blogueurs on le lit, on en parle. Des idées pour en faire plus ?


Faire une machine qui pourrait nous projeter dans nos univers préférés ? 



Une anecdote en rapport avec l'Imaginaire?


Plein ! Surtout en salon ! :D
C'est pas vraiment une anecdote, mais le fait d'avoir développé Le Comptoir de l’Écureuil en entreprise me permet petit à petit de travailler avec le milieu de la SFFF et ça... C'est juste un rêve qui se réalise et c'est vraiment chouette.
(Pour les photos dossiers, je les vends très cher ! : )



Avez vous quelque chose à rajouter, une question que vous aimeriez que l’on vous pose? En gros c'est ici que vous pouvez rajouter tout ce que vous voulez en rapport avec le sujet ! ;)


Merci beaucoup pour ce super "mois de" ! C'est une très belle idée.

vendredi 10 novembre 2017

LA MAIN DE L'EMPEREUR Tome 2 d' Olivier Gay






Editions Bragelonne
Illustrateur : Magali VILLENEUVE

Date de parution : 18/10/2017
Prix : 20.00 €
Nombre de pages : 480





Les guerres koushites sont finies mais l’Empire ne connaît toujours pas la paix. Les barons profitent de la situation pour se rebeller, et la corruption règne au sein de la capitale. Aux côtés du jeune duc Gundron, Rekk reprend du service. Il peut toujours compter sur les femmes de sa vie, Bishia et Dareen, pour le guider dans la bonne direction. Mais est-ce vraiment la bonne ? Pour protéger ceux qu’il aime, le Boucher est prêt à tout.








Après les terribles guerres koushites, Rekk n'a qu'une idée en tête: se poser un peu. Reprendre son souffle et surtout digérer toutes les horreurs passées, en particulier celles dont il est responsable. Oui il s'est fait manipuler, il en est conscient, mais il culpabilise énormément. Ce qui lui permet de tenir envers et contre tout, c'est son amour pour Bishia, le femme de sa vie qu'il compte épouser très prochainement.
Nous, lecteur, on sait qui est Bishia et on sait que ça ne peut pas se passer si bien que ça, non?
Surtout, on connaît Olivier Gay et là aussi on sait que ça ne peut pas bien se passer ...
Pauvre Rekk !

Pourtant il est un héros, un vrai, dans tous les sens du terme. Et d'ailleurs tout le royaume lui attribue le succès de la guerre. Ce qui, évidemment, ne manque pas d'irriter l'empereur qui prend ombrage de la popularité croissante de son général. Il ne lui reste donc plus qu'à soutenir Rekk, profiter de son aura, tout en essayant de le rendre moins populaire. C'est ainsi qu'il l'envoie avec le duc Gundron à la tête de moins de 200 soldats faire face à une armée de renégats pour essayer de récupérer le duché de Gundron. 200 hommes contre 3000 ... Un exploit auquel tout le monde croit. N'est ce pas Rekk lui même qui mène cette attaque. Lui seul peut réussir. Pourtant dans cette guerre, Rekk n'est pas le seul héros. Gundron est un guerrier implacable et plein de courage. Sa jeunesse ne l'empêche pas d'avoir une grande habileté au combat et sa bravoure ne laisse rien à envier à Rekk. Rekk ... le héros de Gundron qui l'a vu combattre dans les arènes, celui qui ne perd jamais, celui qu'il admire depuis toujours et qui est son modèle. Tout le monde n'en a que pour Rekk. Difficile pour Gundron d'en faire un ami dans ces conditions.

Ce ne sont que les premières pages du roman, car des rebondissements, croyez-moi il va y en avoir et je préfère que vous en gardiez toute la surprise. Ce qui est sûr c'est que le pauvre Rekk va encore en voir des vertes et des pas mûres. Il est touchant ce géant. Il est comme un enfant dans la peau d'un colosse. Ou plutôt comme un ado. Parce que Rekk a parfois des idées fixes et rien ne peut l'en faire dévier. Il a de grands principes auxquels il ne déroge pas, quitte à se faire des ennemis. Il veut faire le bien, mais il le fait avec tellement de zèle que les dégâts alentours sont considérables. Rekk qui voulait être tranquille, mener une vie de famille avec femme et enfants ...

Mon petit coeur de lectrice se fendille rien qu'à repenser à tout ce qu'il subit dans ce deuxième opus. J'ai foncé tête baissé dans le récit, j'ai frémi, pleuré et espéré que la situation s'améliore pour ce héros. Mais que nenni !  Comme Rekk, je suis trop optimiste et je crois toujours que ça peut s'arranger alors que le pire est à venir. 

Il n'empêche, ne parler que de Rekk serait rendre un bien mauvais hommage au livre. Bien sûr son ombre imposante domine l'histoire. Mais cette histoire ne serait rien sans tous les autres protagonistes, Bel l'empereur, Bishia, Dareen et Adamas. Ces deux derniers en particulier m'ont fait frémir. Dareen qui me plaît tant. Une femme forte mais par qui la tempête va arriver. Et Adamas, le fidèle guerrier, si fidèle, si proche de Rekk ... Rhaaaaaaa, j'enrage.

Ce tome 2, je l'ai dévoré à toute vitesse, me levant même aux aurores un samedi pour pouvoir vite le finir avant que la famille ne se réveille. Je crois que c'est la première fois que je fais ça. Bien sûr, c'est un coup de coeur, bien sûr j'ai envie de tordre le coup à Olivier Gay pour le destin cruel qu'il inflige à Rekk. Mais surtout je tiens à le remercier de faire vivre de tels personnages. Des personnages qui prennent littéralement vie sous sa plume. Une plume vive qui entraîne le lecteur à un rythme d'enfer. Oui j'ai aimé et je le dis haut et fort !


jeudi 9 novembre 2017

PIERRE-FENDRE de Brice Tarvel




Les moutons électriques
272 pages
19,90 euros


4ème de couv :

Un immense château…


On n’y entre pas plus qu’on n’en sort. On y naît, on y vit, puis on y meurt. Un monde clos de murailles infranchissables, chapeauté d’un éteignoir de grisaille. Certains ont l’illusion d’un nid somme toute douillet, d’autres ragent d’habiter une prison. Dulvan et son ami Garicorne appartiennent à ces derniers. Sans savoir ce qu’est vraiment le Grand Dehors, ils aspirent à en percer les mystères et rêvent d’une existence tout autre. Mais, pour ce faire, il convient de faire tomber l’enceinte géante, c’est-à-dire se rendre dans la salle-territoire de l’éternel hiver afin d’arracher la Sommeilleuse à ses songes. Comme le racontent les vieux récits, l’énigmatique endormie est-elle cependant bien une déesse dont les errances oniriques ont fait que le château et tout son contenu soient devenus réalité ?


Parce qu’elle ne peut supporter l’idée de perdre son frère, Aurjance quittera son cher royaume du printemps pour se lancer à la poursuite du jeune homme. Quant à Murgoche, la peu recommandable sorcière, elle n’entendra pas se laisser flouer par deux foutriquets.







Voilà un livre dont le pitch plus que la couverture m'avait interpellé dans la sélection des moutons électriques. Mais comme je voulais absolument postuler pour Le Lys noir de François Larzem, je me suis abstenue ne voulant pas abuser... Seulement la tentation est revenue me friser les moustaches lorsque Phooka participait à la rencontre Decitre-Grenoble d'octobre dernier où l'auteur était invité.
Bien m'en a pris de le "commander" car je me suis régalée avec cette plume si singulière, et en plus la couv' est magnifique -évidemment- pourquoi en avais-je douté vu que c'est encore et toujours sieur Melchior Ascaride aux crayons ?  (En tout petit, sur le pdf, je la trouvais bien sombre.)




Dulvan et Garicorne quittent donc en catimini Viridis, la Salle du Printemps, avant le lever du jour. Enfin, en l'occurrence ici ce sera avant l'envol des premiers héliavis, ces oiseaux de lumière qui tournicotent inlassablement sous le plafond de la salle, répandant la lumière diurne. Main dans la main, se roucoulant des mamours, mais tout de même armés jusqu'aux dents car ils savent que leur périple ne sera pas sans dangers.

Affolée des conséquences désastreuses que pourrait avoir leur projet de réveiller la Sommeilleuse, Aurjance se lance à leurs trousses, accompagnée par son amie d'enfance Farille, pour tâcher de raisonner son petit frère Dulvan.

Quant à l'énorme et vieille sorcière Murgoche, craignant elle de perdre toutes les aises qu'elle a acquises à Viridis, elle décide également de tracer la route pour empêcher ces deux trousse-pets (mdr) d'atteindre Pierre-Fendre, la Salle d'Hiver. Elle s'alliera avec Yuk Long Renard, un bandit viridien et sa troupe de malfrats pour le trajet.

C'est ainsi que l'auteur, que j'ai bien envie d'appeler Brice-Tarvel car c'est le roi des noms composés, va alterner les chapitres en nous faisant suivre tantôt nos deux amoureux, tantôt nos deux filles et tantôt la sorcière et ceux dont elle s'est entourée.

On va donc traverser une portion de Viridis où les ennuis commencent déjà, Chaloir la Salle de l'Été, Feuille-Sèche celle de l'Automne et enfin Pierre-Fendre. Des portions se feront pour certains par les hauteurs, les coursives et les chemins de ronde longeant les créneaux, d'autres par le sol, d'autres encore par les sous-sols. Quelque soit la voie choisie, les dangers les guettant seront là, et je dois avouer, pour notre plus grand plaisir, l'imagination débridée de l'auteur étant un régal.

Le monde créé par Brice Tarvel est d'une inventivité et d'une ingéniosité fabuleuse. Les descriptions sont savoureuses, très souvent hilarantes. Un bestiaire totalement tarvélien mais en parfaite adéquation avec le monde dont il est issu, bref ce n'est que du bonheur. Et le vocabulaire, mon Dieu, le vocabulaire !!! Rien que lui vaut l'achat de ce livre, franchement ! Entre l'utilisation de noms ou d'adverbes de vieux français comme vitement, mêmement, souventefois et la quantité de noms composés loufoques créés, vraiment cette lecture est un délice. J'ai souri tout du long, parfois même éclaté de rire. Je vous jette là quelques exemples en plus du trousse-pets. Un galope-chopines, un traîne-chemins qui n'a rien à voir avec un guette-chemins, un frappe-devant... etc. Je vous rassure, je vous en ai laissé plein à découvrir ! Notamment, il serait très drôle de compter le nombre de "synonymes" utilisés ou créés pour désigner l'énorme fondement de Murgoche =D

Bref Pierre-Fendre est un roman que je ne peux que vous conseiller d'acquérir ET DE LIRE (message aux empileurs de PAL :)). Un one-shot des plus délicieux avec une fin qui m'a agréablement surprise et qui donne matière à réflexion. Oh gentiment hein, pas prise de tête du tout ! Allez, foncez chez votre dealer préféré, c'est de la bonne came !



mercredi 8 novembre 2017

Interview de Grégory Da Rosa - 2nd volet



Le premier volet se trouve ICI







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— Des doléances ? m’étonnai-je, ma voix résonnant démesurément entre les piliers et les voûtes la salle du trône.

— C’est bien cela, sénéchal, confirma l’architecte Rodenteux, chevrotant.

— Mais, voyons, Jacques… Des doléances, maintenant, alors que la ville est assiégée ?

— Tout à fait, sénéchal. Deux dames de grande importance demandent audience.

— Deux dames, dites-vous ? Et qui sont-elles ? D’où viennent-elles ?

Rodenteux, qui se tenait sur les quelques marches de l’estrade, obliqua ses yeux ronds sur ma vieille personne alors que j’étais inconfortablement assis sur le faudesteuil jouxtant le trône. Il monta une marche de plus, se pencha, et murmura à mon oreille :

— Sénéchal, ces dames viennent d’un royaume étrange et étonnement puissant, gouverné par les livres, peuplé de héros, de prophéties et de mondes innombrables. L’on nomme leur royaume Book en Stock.

— Boucan Stoque ?

— Absolument, sénéchal, absolument.

— Mais où donc se situe cet étrange pays ?

— Partout et nulle part à la fois, sénéchal, m’avoua-t-il d’un timbre étrangement aigu. Et c’est bien cela qui le rend puissant ! Ce royaume tout entier voyage de monde en monde, utilisant les manuscrits pour plonger en des univers que nous ne connaissons point encore. Mais sachez en tout cas qu’elles connaissent déjà tout de nous, c’en est effrayant ! Ce jour d’hui, justement, ces deux vénérables dames ont choisi la ville de Lysimaque pour visite. Comprenez ma pensée, sénéchal. Comme nous sommes en guerre, et étant donné notre situation pour le moins… menaçante – si vous me permettez cet euphémisme – je me suis dit qu’il serait bon de ne pas dénier le soutien d’un royaume tel que celui-là…

— Je comprends, Rodenteux. Je comprends.

— Dois-je les faire entrer ?

— Bien sûr, Rodenteux, bien sûr !

Le bonhomme se redressa tout à coup, pivota en direction du portail clos, tapa deux fois dans ses mains. À ce geste, l’ours Roufos, notre bon héraut d’armes, logé dans l’angle tout au bout de la nef, ouvrit les portes et beugla pis qu’un crieur public :

— J’annonce la dame Dup, duchesse Inette ! et la dame Emma, duchesse Phooka !

Alors les deux convives apparurent sur le seuil, la première vêtue d’une longue cotardie émeraude, aux franges et brocarts verts, tandis que la seconde arborait une houppelande plus blonde qu’un champ de blé au soleil, toute brodée de fils d’or.

Je me levai incontinent, descendis les marches de l’estrade et m’approchai pour baiser la main de mes deux invitées.

— Soyez les bienvenues, mes dames, déclamai-je. Puisse le séjour en la capitale vous être agréable. Mais dites-moi, ma curiosité est piquée au vif ! De quoi souhaitez-vous m‘entretenir ? Je suis tout ouïe.

Puis, soudain confus par mon manque évident de politesse, je proposai :

— Oh ! J’oubliais, mes dames : une coupe de vin, peut-être ? Je vous rassure, point n’est-il empoisonné. Enfin… je… je ne crois pas.



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Aely Nah :


Bonsoir Gregory,

Jolie mise en bouche , diantre ! et fichtre je ne m'attendais pas à côtoyer ainsi un tel beau linge mes duchesses !!

J'ai donc découvert ce "noble" sénéchal il y a peu et avec lui son franc parler, son charisme et ses faiblesses . Bon j'ai adoré voilà. 
Je vois que tu as déjà bien répondu à mes premières questions lol donc je me retrouve un peu dépourvue même si la bise n'est pas encore venue mais j'en aurais quand même une petite :
le cycle d'Ogier d'Argouges j'ai beaucoup aimé même si la série a été perdue dans mes déménagements nombreux. Qu'en est-il de la série des rois maudits dont on dit que GoT en est le reflet? A-t-elle fait aussi partie de tes lectures et inspirations médiévales?
Tu nous parles JdR aussi je suppose donc que tu as eu ta période rolistique , en tant que maître du jeu? joueur? les deux?
Est-ce que cette expérience t'aide à mettre en place plus facilement des décors et les situations de tes personnages?
Et enfin as tu un plan prédéfini sur la suite à donner à ton histoire ou tes personnages prennent-ils la tangente à un moment ou un autre pour n'en faire qu'à leur tête?
Bon ok en fait j'en avais plusieurs cachées sous le coude ;)
Merci en tout cas pour cette lecture que j'ai grandement apprécié découvrir et partager avec Licorne.

Grégory :



Bonjour Aely Nah !

Bombardement de questions ! ça explose ! ça explose ! Merci pour ton retour !

La saga des Rois Maudits est une lecture qui est arrivée sur le tard (en même temps que la rédaction du 2e tome). Et j’ai tout simplement adoré. La plume de Maurice Druon est délectable et ne manque pas de fulgurances. Pour rebondir à ce que tu disais, je dirais que c’est plutôt le Trône de Fer qui est le reflet des Rois Maudits. On y retrouve les inspirations de George R.R. Martin, de par ces rois qui s’éteignent les uns après les autres, comme une malédiction, et ce jusqu’à l’extermination de la dynastie, ou même de par quelques expressions (comme celle-ci notamment : « envoyer au mur » qui désigne la prison dans les Rois Maudits, et le Mur au sens littéral dans le Trône de Fer).

De là à dire que la lecture des Rois Maudits a fait partie de mes inspirations, je dirai donc oui, mais tardivement. Elle est arrivée comme un plus non négligeable. J’ai d’ailleurs souri en voyant que l’inimitié qui sévit entre Enguerrand de Marigny (proche conseiller du roi Philippe le Bel, de relative basse extraction) et Charles de Valois (comte) se rapprochait beaucoup de celle que je retranscris entre Philippe Gardeval et Othon de Ligias, tous deux gravitant autour de leur roi.

Quant au JdR, je n’ai fait que du jeu de rôle textuel, c’est-à-dire sur forum d’écriture RPG, donc virtuel. J’ai été à la fois joueur et maître de jeu, suivant ce que l’on nomme dans le jargon des « Rp » ou les créant. Mais, même en étant joueur, j’avais tendance à souvent prendre les choses en main, à prévoir la suite des évènements, à tourner le récit dans la direction qui me plaisait. Un travers qui m’a fait comprendre que j’étais fait pour proposer des histoires. Il était donc inévitable que j’en vienne un jour ou l’autre à l’écriture solitaire. Ceci dit, avant de me lancer, j’avais quand même créé mon propre forum RPG, et une petite centaine de rôlistes s’amusaient à créer leur personnage et leur histoire sur l’univers que je proposais : celui que tu commences à connaître aujourd’hui et dans lequel évolue timidement Philippe Gardeval.

Mes partenaires rôlistes savent donc que l’univers est grand, complexe et diversifié, et que la seule ville de Lysimaque dépeinte dans le roman n’est qu’un petit lambeau de l‘univers. Ce qui les a surpris. Certains m’avaient d’ailleurs demandé pourquoi je n’avais pas préféré écrire un roman-monde, tant le choix d’un huis-clos les avait un brin déroutés. Eh bien, tout simplement parce que je voulais mettre l’accent en premier lieu sur le personnage narrateur (travailler sa profondeur, son passé, sa voix) ainsi que sur l’ambiance. Quand j’aurai la maturité nécessaire, le monde s’ouvrira bien plus, mais il était d’abord question pour moi de contrôler un personnage dans un lieu fermé. Car, qu’on se le dise !, faire vivre un monde, dans tout ce qu’il a de vaste, de dense et de diversifié, est un travail colossal qui mérite qu’on prenne le temps. Au passage, j’en profite pour glisser ici que Sénéchal place déjà quelques éléments de la « grande intrigue » qui prendra place dans un autre roman très (trop ?) ambitieux. Sénéchal, en quelque sorte, est une introduction.

Bref ! je digresse allégrement ! J’en reviens à tes questions, milles excuses !

Ainsi, pour en revenir au jeu de rôle textuel (qui consiste à se créer un personnage de toute pièce de façon littéraire afin de le faire jouer dans un monde créé par d’autres) a vraiment été l’exercice qui m’a permis d’améliorer à la fois la plume, le jeu des personnages, leur articulation dans un univers défini, leur interaction avec d’autres personnages joueurs. Une expérience très constructive ! et ce n’est pas un hasard si la dédicace du tome 1 s’adresse « Aux célestiens » et celle du tome 2 « Aux miradelphiens ». Je remercie tous les joueurs rencontrés sur ces deux forums et qui ont grandement participé à mon évolution !


En ce qui concerne le libre arbitre de mes personnages, ils n’en ont aucun ! HA HA * rire sadique * Je prévois tout ce que je peux prévoir et ils suivent tous la ligne que je leur impose. La seule chose que je ne contrôle pas, c’est leur caractère et leur voix qui naissent sous la plume comme bon leur semble. Roufos, par exemple, est typiquement le personnage qui vit tout seul lorsque je l’écris. Rodenteux, cet architecte curieux et couard à la fois, est lui aussi parfois difficilement contrôlable tant il a envie de parler des merveilles architecturales qu’il rencontre ! Leur voix et leur caractère me surprennent souvent, mais, jusque-là, ils n’ont jamais dévié de ce que je voulais vraiment dire ou faire * Soupir de soulagement *

J’espère avoir répondu comme il se doit à tes questions ! Un grand merci pour ton intérêt, vraiment !





Merci pour cette réponse si détaillée Grégory ! Je comprends donc mieux la genèse de Sénéchal... Et remarque que, d'une, nous n'avons pas beaucoup d'écart en terme d'âge, et, de deux... Que les auteurs que tu cites font tous partie de mon harem d'incontournables : je me souviens encore comment la lecture du Déchronologue m'avait chamboulée, sans parler des deux autres (j'hésite encore à me lancer dans les autres romans de Justine Niogret qui se trouvent bien au chaud dans ma bibliothèque, tant Mordre le bouclier m'avait soufflée). Alors, deuxième question : quel est ton auteur préféré ? De touuuuus les temps ?

Grégory :

La question piège que voilà !

Je n’ai pas véritablement d’auteur préféré car je ne suis pas un lecteur fidèle (Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, mon infidélité n’est que littéraire, tudieu !).

Comme dit précédemment, je lis un seul roman par auteur, puis, une fois fini, je passe à un autre roman d’un autre auteur. En plus de ça, je lis peu. Non par manque d’envie, mais par lenteur. Comme je décortique mes lectures, je peux passer un temps inimaginable sur un roman d’à peine 300 pages. De fait, si je lis une quinzaine de romans par an, c’est la panacée.

Il n’empêche qu’il y a quand même des auteurs et autrices qui me font un petit quelque chose rien qu’en repensant à leurs ouvrages. Je vais peut-être manquer d’originalité, mais en ce qui me concerne, je ressens beaucoup d’admiration et de respect pour… * roulement de tambour *… J.K. Rowling. Eh oui ! J’en suis absolument persuadé : si la lecture de Harry Potter ne m’avait pas provoqué un si grand choc en étant gosse, je n’aurais jamais, jamais, jamais, pris la plume. Et même si ce que j’écris est bien loin de l’apprenti sorcier à lunettes, cette lecture m’a donné le goût de lire, puis d’écrire. Rien que pour ça, pour cette magie, cette vraie magie, qui a su s’opérer à cette époque clé de ma petite vie, je place donc J.K. Rowling largement en tête de mon « classement ». J’ai comme l’impression de lui devoir beaucoup. Non, en fait, c’est certain, je lui dois beaucoup.

Les deux autres présents sur le podium sont George R.R. Martin, pour les insomnies qu’il m’a refilées en première année de fac et pour les cours que j’ai ratés par sa faute, ne réussissant pas à me lever de mon lit (Ah, mon dieu, je me dois de le dire… les Noces Pourpres, à lire, c’était l’agonie extatique, la jouissance mortelle, le GAAAAAA, NOOON, UHHHH ! POURQUOOIIIII ILS SONT TOUS MORTS ET POURQUOI J’ADORE CA ? Oui, oui. Sache, Bouchon, que ces onomatopées sont à peine exagérées).

Et il y a aussi, inévitablement, Jean-Philippe Jaworski. Tout commentaire serait superflu !


Bonjour Grégory ^^ 

Géniale la présentation, ça donne le ton ! Je n'ai pas lu ton livre (oups, j'espère échapper au lynchage ! Il paraît que le Sénéchal est occupé à gérer un siège, je vais passer entre les mailles de son courroux ) mais ça ne m'empêche pas d'être intriguée et de venir participer à ce mois de. 

J'ai lu les réponses sur la genèse de Sénéchal et je trouve ça très intéressant. Ma question porte sur la suite de cette aventure : comment as-tu été publié ? Puisqu'il s'agit apparemment de ta première publication mais que tu avais écrit d'autres textes, comment en es-tu arrivé là ? Est-ce une finalité que tu visais dès le départ ?
Merci d'avance et bon mois de torture... heu d'interview ;)

Grégory :

Bonjour Emilie ! Point de lynchage, n’aie criante !

Comment ai-je été édité ? Hum… Moi-même, je me le demande encore parfois, tant tout est allé très vite.

J’ai achevé la rédaction du manuscrit en janvier 2016. Je me suis donné deux mois pour le relire, le corriger, le modifier. Une fois prêt (ou du moins, une fois que je pensais être prêt – Etait-ce vraiment le cas ? Je ne le sais toujours pas), j’ai envoyé à trois maisons d’édition : Mnémos, l’Atalante et le Bélial’. Pourquoi seulement trois ? Car mon entourage, depuis quelques temps, se montrait insistant et me soupçonnait de procrastiner et/ou de retarder les envois par crainte de me heurter à la dure réalité : la difficulté d’être édité. Par conséquent, j’ai envoyé sans y croire vraiment, ayant pour doux rêve de décrocher l’un des Indés de l’imaginaire (Mnémos, Les Moutons Électriques, ActuSF). Mnémos ayant été ma première cible, l’Atalante et le Bélial’ (qui font aussi un travail remarquable) ont, en revanche, été choisi un peu par hasard (en vérité, surtout pour prouver à mon entourage que je prenais les devants, preuve à l’appui : « Si, regardez ma boîte mail ! J’ai commencé à envoyer ! » leur disais-je… (Surtout que la ligne éditoriale de l’Atalante et du Bélial’, notamment celle du Bélial’ qui est bien plus axé SF, ne correspondait pas vraiment à mon manuscrit, ou très peu). Donc, je dois bien l’avouer, je ne croyais pas vraiment à la réussite de mon premier envoi, que je voyais plus comme un premier pas vers le casse-tête éditorial. Un premier pas, aussi, vers le courage.

Il n’empêche que 4 jours sont finalement passés et je reçois un mail des éditions Mnémos me disant que leur équipe a lu le manuscrit et qu’elle émet un avis favorable ! Je te laisse imaginer ma réaction. J’ai ouvert une bouche béante qui ne s’est refermée que 10 minutes plus tard. Le sang m’est monté à la tête. Je me suis levé de ma chaise, presque suffocant et, chose étrange, l’euphorie mais aussi et surtout la terreur se sont emparées du petit bonhomme que je suis. Le pire dans tout ça, c’est que je suis tellement défaitiste et peu sûr de moi que j’ai cru à une mauvaise farce, ma paranoïa me poussant même à croire qu’un de mes amis s’était créé une fausse boîte mail pour me donner de faux espoirs ! Mais voilà que 4 jours passent encore et, cette fois-ci, je reçois un appel de Frédéric Weil, directeur éditorial des éditions Mnémos, qui me dit « Ok, on y va ! ».

Et donc le 8 avril 2016, 8 jours après mon premier et unique envoi, l’édition m’ouvrait ses portes. Bien sûr, ça aussi, pessimiste que je suis !, c’était bien insuffisant pour que j’y crois. Même la conversation skype qui a suivi n’a pas suffi à me faire prendre conscience de ce qui était en train de se mettre en route. Il m’a fallu signer le contrat d’édition et commencer l’édito pour réaliser que tout était bien vrai. Avouns-le, je suis arrivé peu ou prou comme une météorite et l’impact, bon sang ! m’avait presque plongé dans un état de déni qui, parfois, je l’admets, se manifeste encore (Peut en témoigner mon éditeur qui fait toujours face, avec brio, à mes grands moments de doute). Il m’arrive toujours, c’est vrai, de me réveiller quelques matins en me demandant « Pourquoi ? Comment ? Que m’est-il passé par la tête ? Pourquoi ai-je poussé mon petit délire si loin ? » Alors que, bon, soyons honnêtes ! il va quand même falloir que je réalise un jour que j’ai à présent deux satanés bouquins en librairie !
De fait, s’il fallait que je donne des conseils pour être édité, je serais bien en peine de le faire. Je dirais peut-être qu’il faut beaucoup d’autocritique (sans pour autant tomber dans le dénigrement qui, lui, est anti productif). L’auto-critique permet de prendre du recul sur ce que l’on fait, de déceler ce qui fonctionne et ne fonctionne pas, d’aiguiser son regard sur sa création et celles des autres, d’affermir sa volonté, de murir aussi. Je dirais qu’il ne faut pas lésiner sur les heures de travail ; relecture, relecture, relecture et réécriture. Mon premier tome (certains peuvent en témoigner), je le connaissais au mot près. Je dirais également qu’il faut extrêmement soigner sa lettre de présentation ; elle est le premier contact avec l’éditeur et c’est un exercice littéraire à part entière. Inutile d’en faire des tonnes ni de rechercher (ou provoquer) absolument l’originalité. Soyez claire, concise, vraie, sûre, pleine d’ambition sans tomber dans la prétention. Bref, un exercice ardu mais qui, en ce qui me concerne, a été la clé qui a ouvert (très rapidement) la porte. Si mon manuscrit a été lu si vite, c’est justement parce que ma lettre de présentation est parvenue à intriguer. Elle ne brillait absolument pas par son originalité, mais elle avait sans doute les qualités citées précédemment. Enfin, je dirais aussi une chose qui, malheureusement, n’est pas en notre pouvoir, quoique nous fassions : il faut une part non négligeable de chance…


Pour ta deuxième question : comment en suis-je arrivé là ? Eh bien… à force d’écrire, je dirais. En fait, au commencement, je pensais écrire une nouvelle. Puis la nouvelle a très rapidement pris de l’ampleur. Je me suis résolu à en faire une novella : « 60 pages maximum ! » criai-je avec certitude au visage d’un ami qui riait d’avance. Evidemment, les 60 pages ont allégrement été dépassées, jusqu’à parvenir à la dernière phrase de l’actuel tome 1. En y mettant le point, à cette maudite phrase, j’ai senti quelque chose de très étrange, comme une certitude logée dans la poitrine et accompagnée d’un murmure lointain qui disait « La première partie est achevée. » C’est alors que j’ai décidé d’arrêter d’écrire et de corriger la matière que j’avais déjà devant moi. Je me suis rendu compte que j’avais ce qui pouvait s’apparenter à un premier tome et que, dans tous les cas, même si je voulais écrire un « one-shot » (comme on dit dans le jargon), je me retrouverai avec un pavé de 1000 pages à présenter à un éditeur, diminuant à mon sens drastiquement la chance d’être lu, et ce surtout lorsque son nom et son prénom ne sont connus ni d’Eve ni d’Adam (Je n’avais pas de première publication, jamais répondu à aucun appel à texte, ne me déplaçais pas en salon ni aux dédicaces en libraire, ne tenais aucun blog de critique ni aucune chaîne Booktube, bref, j’étais un inconnu, un vrai !). La difficile décision de scinder le roman en trois (ça y est ! c’est à ce moment-là que le mot « roman » a enfin été lâché et assumé !) a été prise. Pour conclure, j’affirme et je signe en disant que ce n’était pas prémédité, que la finalité première de ce texte était tout simplement d’être terminé, de me prouver que j’étais capable d’aller au bout d’une histoire, d’en maintenir le ton, d’en contrôler le personnage. L’édition, finalement, était le bonus auquel, au tout début, je ne songeais pas vraiment. Mais quel bonus !